Football : Pourquoi tant de haine ?

Publié le 21 Juin 2014

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J’avais environ 12 ans, nous étions au milieu des années 70, et à cette époque le football végétait dans notre bon pays.

Mais une équipe au maillot vert allait tout changer et, par ses exploits européens, faire de certains mômes de ma génération qui jusque là n’étaient guère passionnés par ce sport, d’éternels grands enfants qui chercheront toujours à retrouver les dribbles de Rocheteau, les tacles de Lopez, ou les magnifiques envolées d’Oswaldo Piazza.

Plusieurs décennies après, l’enfant que j’étais n’a jamais oublié la soirée contre Kiev et son magnifique retournement de situation, tout comme il n’a jais oublié les montants carrés de Glasgow, et l’ambiance inoubliable d’Anfield Road qui a vu Keegan et les siens éliminer ses mêmes verts l’année suivante. Dans la continuité des exploits stéphanois, je me souviens aussi du renouveau de l’Equipe de France grâce à Michel Hidalgo, sélectionneur capable de faire jouer les bleus avec 3 meneurs de jeu dans la même rencontre. Ce sélectionneur un peu trop oublié aujourd’hui, surtout si l’on compare à Aimé Jacquet , a tout de même permis au football français de redevenir compétitif au point de livrer ce qui est encore à ce jour le plus beau match de l’histoire du football français, un soir de juillet 1982 à Séville en demi-finale de la Coupe du Monde, face à la RFA.Ceux qui sont assez vieux pour avoir vu ce match savent qu’on est bien au delà  d’une rencontre sportive. Il s’agit la d’une tragédie ou le scénario n’était pas écrit d’avance.

On n’oubliera pas non plus qu’il est le sélectionneur qui a permis à la France d’obtenir son premier grand titre avec le Championnat d’Europe en 1984.

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Pendant toutes ces années, et pas mal d’autres encore après, j’ai pratiqué ce sport en club avec beaucoup de plaisir. J’ai depuis perdu beaucoup de ma passion, la faute bien sur à la violence dans les stades, aux sommes d’argent faramineuses dépensées pour les transferts de joueurs ou pour la publicité, aux systèmes de corruption, à  la FIFA et ses méthodes mafieuses. Il faut ajouter à tout cela, les effets néfastes de l’arrêt Bosman, qui a permis aux clubs de faire jouer un nombre illimité d’étrangers. L’amour du maillot et l’identité de jeu des équipes de club y ont beaucoup perdu.

Ce dernier volet est d’ailleurs un bel exemple pour comprendre les effets néfastes de la mondialisation.

La Coupe du Monde est à ce titre un beau modèle de ce que peut donner le retour vers le protectionnisme avec ses sélections nationales. Chaque pays retrouve ses joueurs et donc toutes ses chances de succès. Et quand cela se fait dans une ambiance de fête, et non dans du nationalisme, cela est beaucoup plus agréable. On n’est plus dans la Ligue des Champions ou seuls 3 ou 4 grandes nations avec des clubs aux moyens financiers immenses peuvent acheter les meilleurs joueurs.

Vous voyez que le football peut-être utile, même pour réfléchir à la société qui nous entoure.

Alors pourquoi tant d’insultes envers ceux qui pratiquent ou qui aiment regarder ce sport?

Si les problèmes que j’ai cité plus haut existent, hélas, ils sont loin d’être exclusifs au monde du football. On retrouve beaucoup de  ces dérives un peu partout. La musique et le cinéma sont aux mains de grand groupes qui se goinfrent de la même façon que la FIFA.

Des comédies et les chansons stupides sortent à longueur d’année, mais je n’entends personne nous dire que cela sert à endormir le peuple, à le crétiniser.

D’ailleurs, y-a-t-il encore quelque chose de propre dans ce monde ?

Nous sommes dans un pays formidable. Le Front National augmente son score élection après élection. On prend soin de nous expliquer que les gens qui votent pour ce parti ne sont pas racistes, qu’ils sont juste en colère, que ce n’est pas de leur faute. Mais alors si vous regardez le football, alors là je ne vous raconte pas la collection de clichés à laquelle vous avez droit.

Non, il n’y a pas que les  beaufs qui aiment le football, nous ne sommes pas tous à mettre au même  niveau que quelques nazillons pollueurs de stades.

Ce jeu magnifique aux allures de chorégraphie, quand il est  exécuté par les plus grands, est apprécié aussi d’immenses artistes .

Pier Paolo Pasolini ,écrivain et réalisateur italien, disait du football qu’il est un système de signes qui s’apparente à un langage . Il voyait dans le déroulement d’un match (les passes , les courses, les dribbles, les tirs au but, les buts, etc.) l’énoncé d’une syntaxe qui forme un véritable discours dramatique. Les codeurs de ce langage sont les joueurs, et les décodeurs sont représentés par les spectateurs assis devant leur poste de télévision ou les supporteurs dans les tribunes d’un stade. Il estimait que « qui ne connait le code du football ne comprend pas le signifié de ses mots (les passes), ni le sens de son discours (un ensemble de passes)."

Le Prix Nobel de littérature Albert Camus, qui joua comme gardien de but junior au Racing universitaire d’Alger déclarait: « J’appris tout de suite qu’une balle ne vous arrivait jamais du côté où l’on croyait. Ça m’a servi dans l’existence et surtout dans la métropole où l’on n’est pas franc du collier. » et « Vraiment le peu de morale que je sais, je l’ai appris sur les terrains de football et les scènes de théâtre qui resteront mes vraies universités. »

Et pour terminer, cette définition du football de Bernard Pivot que j’aime beaucoup :

«On ne saurait cependant réduire un match à l’affrontement de deux équipes de onze joueurs. De même que l’on reconnaît en quelques mots le style de Stendhal ou de Le Clézio, quelques minutes suffisent pour identifier l’écriture de Zidane, Beckenbauer ou Platini. »

Quant à moi, même si j’ai perdu de mon enthousiasme, surtout lorsqu’il s’agit des compétitions de clubs.   Pendant cette Coupe du Monde, qui commence magnifiquement, laissez-moi  rêver que….

 

Rédigé par fatizo.over-blog.com

Publié dans #Coupe du Monde, #Football

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