"La vie est belle" de Frank Capra (1946).

Publié le 21 Décembre 2013

L’histoire:

La petite ville de Bedford Falls  prie pour le cas désespéré de George Bailey. Les prières montent au ciel, et émus par la sincérité de cet appel, deux anges décident d’envoyer sur terre  Clarence, (qui attend ses ailes), afin qu’il puisse sauver George. On lui apprend qu’en 1919 le petit George sauva son frère Henry de la noyade. Puis, travaillant pour unpharmacien, qui  s’était trompé dans la préparation d’un médicament , il prit sur lui de ne pas livrer la prescription au malade. En 1928, il renonce à ses études  pour prendre la succession de son père décédé, à la tête de  I’entreprise familiale de prêts à la construction, dont essayait de s’emparer le puissant banquier local, M. Potter. Condamné à rester àBedford Falls, George épousa Mary Hatch, mais, le jour de leur départ en voyage de noces, il dut une fois de plus rester pour faire face à un vent de panique financier.  Tout allait à peu près bien pour lui, jusqu’au jour où son oncle Billy oublia la somme de 8 000 dollars au guichet de la banque de Potter, ce dernier s’empressant de les dissimuler et mettant ainsi en péril les affaires de son concurrent. Désespéré, George devint odieux avec Mary et leurs  enfants, et c’est ainsi qu’il en est arrivé à vouloir mettre fin à ses jours. Clarence, dépêché sur les lieux, l’en empêche in extremis et lui montre ce qu’aurait été sa petite ville si George n’avait pas existé…

Dans les trois premiers quarts du film, avec un talent inégalable fait d’humour, de tendresse, d’intensité dramatique et d’émotion, Capra nous narre la vie de George depuis son enfance. Mais c’est dans sa dernière partie que "La vie est belle" prend toute sa dimension. On prend vraiment conscience à ce moment qu’il s’agit là d’un véritable chef-d’oeuvre de l’histoire du cinéma .

C’est dans cette dernière partie que George rencontre son ange gardien, ce dernier lui montre la ville telle qu’elle serait devenue s’il n’était pas né . Et George qui se prenait pour un moins que rien, un minable, un raté , découvre que les actes de sa vie ont apporté le bien à de nombreuses personnes, et évité des drames à de nombreuses autres .

Capra veut nous faire comprendre au travers son héros que chaque action humaine enchaînée à une autre peut changer le cours des choses . Il veut nous faire comprendre que chacun d’entre nous peut, par de bonnes ou mauvaises actions,  avoir une responsabilité importante sur la vie des gens qui l’entourent .

Ce qui frappe également dans "La vie est belle", ce sont les parallèles avec la crise mondiale actuelle. Crédit, endettement, dérive du capitalisme financier, les banques. Tout y est .

Sans en avoir l’air, le film se décline comme une œuvre résolument politique,il  met le doigt sur les affres d’une économie déshumanisée et prend parti pour des alternatives économiques qui parient sur la solidarité avant tout . Le banquier Potter incarne parfaitement la mainmise du capitalisme "sur les petites gens", entre les laissés pour compte et les privilégiés.  Par ailleurs, le film évoque de façon très juste et réaliste des problèmes de l’Amérique  de la crise économique de 1929 à l’entrée dans la seconde guerre mondiale en passant par la description du pays sous la présidence de Roosevelt.

Que dire de l’interprétation magnifique de James Stewart, lui le conservateur, à qui Capra offre une fois de plus, (Mr Smith au sénat),(Vous ne l’emporterez pas avec vous), un personnage humaniste, quasi gauchiste . Qui mieux que lui aurait pu incarner cet homme ordinaire, le grand homme qui s’ignore, l’homme qui sans le savoir rend notre monde meilleur ?

Et Doona Reed, qui tourne ici l’un de ses rare grands rôles au cinéma, nous fait regretter que les cinéastes n’aient pas  plus souvent fait appel à son talent et sa beauté . Ajoutons tout de même qu’elle reçu l’Oscar du meilleur second rôle féminin pour son rôle dans "Tant qu’il y aura des hommes" en 1953.

Mention spéciale bien sûr à Lionnel Barrymore pour son interprétation de l’affreux banquier Potter .

N’oublions pas l’importance des seconds rôles dans "La vie est belle", avec notamment Thomas Mitchell dans le rôle de l’Oncle Billy, Henry Travers dans le rôle de l’ange Clarence, ou encore la splendide Gloria Grahame dans celui de Violet.

                      

Capra disait de ce film qu’il ne s’adressait pas « aux intellos, aux critiques blasés de cinéma, mais aux gens fatigués, abattus, un film pour les alcoolos, les drogués, les prostitués, les prisonniers, un film pour dire qu’aucun homme n’est un raté ». Et c’est vrai que ce film est un concentré d’espoir et de générosité, qui de plus a le mérite de ne jamais sombrer dans la niaiserie ou le sentimentalisme.

Malheureusement, à sa sortie, le film ne rencontra pas le succès espéré, loin de là. Il était trop en décalage avec l’esprit du public au lendemain de la guerre. Il s’est rattrapé assez rapidement en devenant l’un des films les plus aimés de l’histoire du cinéma.

Suite à cette déconvenue  Capra est  contraint de dissoudre la société de production qu’il avait créé pour monter ce film . Engagé ensuite avec  la Paramount, il ne retournera plus jamais de films du niveau de ceux des années 30  ou de "La vie est belle".

Bonnes fêtes de fin d’année à vous tous .

Rédigé par fatizo.over-blog.com

Publié dans #Cinéma

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